SOMMAIRE
- La mutation des architectures logicielles industrielles
- De l’optimisation théorique à l’agilité adaptative
- Spécificités sectorielles et enjeux de performance
- Résilience et perspectives d’avenir
Le paysage industriel traverse une mutation profonde où la réactivité n’est plus un simple avantage compétitif, mais une condition de survie. Dans ce contexte, la gestion de production s’affranchit de ses cadres rigides pour embrasser des modèles plus fluides.
Dans cette tribune, Guillaume Charpentier, Head of strategic development chez Oplit – expert en solutions de planification et d’ordonnancement – fait le point sur la transition des systèmes de gestion de production monolithiques vers des architectures agiles, portées par une nouvelle approche de la donnée et de l’intelligence artificielle.
Pas le temps de lire ? Voici le résumé de la tribune !
La transformation industrielle actuelle impose une reconfiguration des systèmes de pilotage, délaissant les modèles monolithiques au profit d’architectures agiles de type “Best-of-Breed”, tels que proposés par Oplit. Ce changement structurel place désormais le Data Hub au centre de l’écosystème, facilitant la synchronisation entre la vision transactionnelle de l’ERP et la réalité opérationnelle de l’atelier.
Dans ce contexte, l’innovation majeure réside dans le passage d’une optimisation théorique rigide à un ordonnancement adaptatif capable d’intégrer les aléas en temps réel. L’émergence de solutions fondées sur une intelligence artificielle native permet de substituer aux calculs statiques des agents proactifs, capables de suggérer des scénarios stratégiques pour améliorer l’OTD (On Time Delivery) ou réduire les encours financiers.
Qu’il s’agisse de gérer la complexité des flux en “Job Shop” dans l’aéronautique ou d’optimiser les cycles de nettoyage dans l’agroalimentaire, la planification devient un levier de résilience face aux instabilités géopolitiques et aux exigences environnementales.
La mutation des architectures logicielles industrielles
La fin du dogme de l’intégration totale
Pendant deux décennies, la tendance dominante a été celle de l’unification au sein de systèmes de gestion intégrés (ERP). L’ambition était alors de tout piloter depuis un outil unique. Cependant, l’expérience a montré que si l’ERP excelle dans la gestion transactionnelle, comptable et l’exhaustivité des données, il manque souvent de finesse et de flexibilité nécessaires pour piloter la complexité immédiate d’un atelier.
Aujourd’hui, le marché revient vers une logique de « Best-of-Breed » : l’utilisation de solutions spécialisées pour chaque métier. Ce changement est rendu possible par l’évolution des technologies de connectivité qui facilitent désormais la synchronisation entre l’ERP de l’entreprise et des applicatifs métiers pointus. Dans ce nouveau puzzle informatique, la pièce centrale n’est plus l’ERP, mais le « Data Hub » ou « Data Lake », un réservoir qui agrège et redistribue l’information à l’ensemble des outils de pilotage.
Le chaînon manquant entre ERP et MES
Historiquement, un vide fonctionnel persiste entre l’ERP, qui gère l’ensemble des transactions et la planification à capacité finie, et le MES (Manufacturing Execution System), qui suit l’exécution en temps réel. Aujourd’hui, des solutions modernes d’ordonnancement viennent combler ce fossé en apportant des capacités de simulation, une vision granulaire et en temps réel.
Cette architecture permet d’adresser deux horizons distincts mais interdépendants. D’une part, l’horizon opérationnel, axé sur l’ordonnancement à court terme (de la semaine à quatre semaines). D’autre part, l’horizon tactique de la planification, qui porte sur des cycles de 18 à 36 mois pour définir les besoins en capacités de production, en investissements matériels ou en recrutement.
“Les gens se sont aperçus que l’ERP faisait tout, mais pas tout bien. Ils reviennent alors sur cette logique de best-of-breed en prenant un ERP qui sera leur colonne vertébrale pour gérer de l’activité en actionnelle. Et autour, ils pourront connecter des applicatifs métiers répondant précisément à un besoin. Aujourd’hui, la tendance du marché n’est donc plus à l’ERP, mais au Data Hub, qui est l’agrégation de datas venant alimenter toutes les applications métiers, généralement en mode Saas. Cette architecture permet de répondre aux attentes du métier en apportant de la valeur en quelques mois.” Guillaume Charpentier, Head of strategic development chez Oplit
De l’optimisation théorique à l’agilité adaptative
La gestion de l’aléa comme priorité
La philosophie de l’ordonnancement a longtemps reposé sur des « optimiseurs », des algorithmes lourds capables de calculer durant des heures pour identifier un plan de production théoriquement parfait. La limite majeure de ce modèle réside dans sa fragilité face au terrain. Dès qu’un incident survient – une absence de personnel, une panne machine ou un retard d’approvisionnement – ce plan optimal devient instantanément caduc.
L’approche contemporaine privilégie plutôt l’adaptabilité. L’objectif est de s’écarter du concept de « boîte noire » pour proposer des outils où l’utilisateur comprend les résultats du calcul. Plutôt que de chercher une séquence idéale figée, le système doit pouvoir recalculer un séquencement fonctionnel en quelques minutes seulement, en intégrant les données en temps réel pour réagir aux aléas.
L’intelligence artificielle native : un changement de paradigme
Dans ce contexte, l’intégration de l’intelligence artificielle dans les solutions de planification et d’ordonnancement marque une rupture technologique majeure. Trop souvent, l’IA est ajoutée comme une simple couche corrective sur des logiciels anciens, une méthode qui ne permet pas de bénéficier de l’entièreté de ses capacités. La véritable transformation réside dans la conception de solutions « IA-natives ».
Contrairement aux outils classiques qui se contentent de respecter des contraintes statiques (comme un calendrier de travail fixe), les agents intelligents explorent des scénarios dynamiques. Une IA peut ainsi suggérer des modifications structurelles, comme le passage en équipe de nuit, pour mieux répondre à un enjeu financier ou à une urgence client. Ce passage d’une logique de calcul à une logique d’agent proactif modifie en profondeur le rôle de l’ordonnanceur, mais exige en contrepartie une maturité élevée des données de l’entreprise.
Spécificités sectorielles et enjeux de performance
La complexité des flux « Job Shop »
L’application de ces technologies varie selon la nature des processus. Dans des secteurs comme l’aéronautique, l’horlogerie de luxe ou l’électronique, on observe des flux dits « discrets » avec de multiples niveaux de nomenclature. Les produits circulent de poste en poste de manière non linéaire, repassant parfois plusieurs fois par la même unité de travail. Ce flux complexe, souvent qualifié de « spaghetti », rend la planification manuelle quasiment impossible à optimiser sans outils spécialisés.
L’OTD et la rentabilité des encours
Chaque filière possède ses propres leviers de performance. Dans l’aéronautique, la priorité absolue est l’OTD (On Time Delivery). Par exemple, la filière avance au rythme de son maillon le plus lent ; une pièce manquante peut bloquer la livraison d’un avion complet, ce qui représente un risque industriel majeur.
À l’inverse, dans le secteur du luxe et de l’horlogerie, l’enjeu se concentre davantage sur la valeur des stocks. La présence prolongée de matières précieuses (or, pierres) dans l’atelier sous forme d’encours représente une immobilisation financière très coûteuse. L’ordonnancement sert ici à fluidifier le passage des produits pour réduire le temps entre l’achat de la matière et la vente du produit fini.
Les nouveaux enjeux du process continu
Dans le domaine de l’agroalimentaire ou de la transformation de matières (comme les plastiques ou la tannerie), les contraintes sont différentes. Un ordonnancement intelligent permet de séquencer les productions de manière à minimiser les phases de nettoyage des machines. Cela réduit non seulement la consommation d’eau et d’énergie, mais augmente également la disponibilité globale de l’outil de production.
“Sur le marché aéronautique, on aperçoit une hausse des demandes poussée par les cadences et par la démarche Aero Excellence. Donc, aujourd’hui le focus est très tourné sur l’OTD et dans la capacité des constructeurs à livrer à l’heure les compagnies aériennes. Ça, c’est un enjeu fort de la filière.” Guillaume Charpentier, Head of strategic development chez Oplit
Résilience et perspectives d’avenir
Faire face aux crises mondiales
Le pilotage de la production subit de plein fouet les soubresauts du contexte géopolitique. Les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement mondiales imposent une planification stratégique très en amont. Par exemple, la raréfaction de certaines matières oblige les industriels à réorganiser leur supply chain sur des horizons lointains pour garantir la continuité de l’activité. La capacité de simulation devient alors un outil de gestion des risques indispensable pour anticiper les pénuries et adapter les plans de charge.
La démocratisation de l’expertise
Le marché de la planification entre dans une phase de maturité digitale. Historiquement jugés trop lourds, trop longs à déployer et trop chers, les projets de planification se transforment. L’avenir appartient aux solutions « Plug and Play » capables d’être opérationnelles en quelques mois seulement.
Après avoir consolidé leurs bases avec l’ERP et le MES, les entreprises atteignent aujourd’hui le niveau de maturité nécessaire pour engager des logiques d’optimisation fine. La transformation numérique ne se limite plus à la simple collecte de données, mais s’oriente vers la création de valeur par l’agilité décisionnelle.
“Il y a certains métiers, comme l’aéronautique, qui ont des cycles d’approvisionnement sur une matière qui peut être très longue, des matières qui sont disponibles que 12 à 18 mois. Donc, s’ils n’arrivent pas à planifier des mois à l’avance pour acheter la matière, ça crée de fortes tensions. Par exemple, avec la guerre en Ukraine, il y a eu des enjeux de disponibilité du titane. Il a donc fallu réorganiser la supply chain pour retrouver cette matière.” Guillaume Charpentier, Head of strategic development chez Oplit
Cette tribune a été proposé par Oplit.
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