SOMMAIRE
- Identifier les leviers de la transformation : pourquoi le MES ?
- La formalisation du besoin : l’art du juste dosage
- Gouvernance et implication : qui doit piloter le projet ?
- Contraintes et intégration : construire un écosystème cohérent
- Retours d’expérience : les clés d’un lancement réussi
Pas le temps de lire ? Voici le résumé !
Ce webinaire du Club MES détaille les étapes pour structurer un projet MES, de l’expression du besoin à la rédaction du cahier des charges.
Identification et formalisation des besoins : Le projet naît souvent de problématiques concrètes : hausse de production, exigences réglementaires ou obsolescence technologique. L’enjeu est de ne pas simplement copier l’existant manuel, mais de redéfinir des processus optimisés. Les experts recommandent l’utilisation d’URS pour lister et prioriser les fonctions attendues, facilitant ainsi les futurs tests de validation.
Une gouvernance transverse : Le MES n’est pas qu’un projet IT ; il doit impliquer la production et la qualité dès le départ pour garantir l’adhésion du terrain.
- Production et qualité : Définissent les besoins fonctionnels et l’ergonomie.
- IT : Assure le support sur l’infrastructure, la cybersécurité et les interfaces.
- Management : Doit assurer un sponsorship fort pour arbitrer les choix technologiques et financiers.
Points de vigilance techniques :
- Intégration : Le MES doit s’insérer dans un écosystème complexe entre l’ERP, les automates et les outils de contrôle.
- Harmonisation : Pour les groupes multi-sites, uniformiser les processus avant de choisir l’éditeur est vital pour éviter une explosion budgétaire.
- Standard vs spécifique : Pour limiter les développements coûteux, toujours chercher l’utilisation des fonctionnalités standards du progiciel, quitte parfois à adapter légèrement ses processus aux standards de l’outil. Au préalable le taux de couverture fonctionnelle en standard est donc un critère important pour le choix du progiciel.
Un cahier des charges réussi permet de choisir le bon couple éditeur-intégrateur et de lotir le projet pour obtenir des résultats rapides.
Le passage à l’usine du futur ne s’improvise pas. Au cœur de cette transformation, le MES (Manufacturing Execution System) s’impose comme le chef d’orchestre de la production, assurant le lien indispensable entre le pilotage stratégique (ERP) et la réalité physique des ateliers. Pourtant, certains projets se heurtent à des dépassements budgétaires ou à un rejet des utilisateurs faute d’une préparation rigoureuse.
Le Club MES a ainsi organisé un webinaire autour de l’importance de la rédaction du cahier des charges avant le lancement d’un projet MES. Cet événement, animé par Sébastien Bokey (PDG Zorg Consulting), a réuni des experts industriels et du conseil : Clara Grangeon (Chargée de l’amélioration continue chez Marle Group), Sarah Fourney (Responsable de produit MES chez Tokai Cobex) et Luc Balandreau (Consultant senior/Directeur de mission – Manufacturing 4.0 chez SPC Consultants).
Identifier les leviers de la transformation : pourquoi le MES ?
Avant de rédiger la première ligne de son cahier des charges, l’entreprise doit identifier ses « pain points » (points de douleur). Le MES n’est pas une fin en soi, mais une réponse à des objectifs opérationnels généralement liés à des problématiques de performance, de qualité ou de conformité.
Répondre aux pics de demande et aux exigences qualité
Pour Marle Group, spécialisé dans les implants orthopédiques, le déclic a été une forte croissance de la demande post-Covid. L’objectif était de gagner en capacité de production tout en sécurisant des contrôles qualité très réglementés.
« On s’est rendu compte qu’il fallait être plus exigeant sur la partie qualité et mieux suivre nos indicateurs et nos mesures pour améliorer notre performance. » Clara Grangeon, Marle Group
La priorité a été mise sur la digitalisation du contrôle qualité pour sécuriser les processus, éviter les erreurs opérationnelles et supprimer le papier dans les zones à atmosphère contrôlée. Le respect de normes strictes, comme la FDA 21 CFR Part 11, impose une traçabilité et une intégrité des données sans faille.
Harmoniser les systèmes et sécuriser les données
Chez Tokai Cobex, le besoin est né d’une volonté de convergence entre les sites français et polonais.
« La stratégie IT [était] d’avoir un seul et même système pour toutes les usines, pour mieux gérer la maintenance. » Sarah Fourney, Tokai Cobex
L’objectif était de remplacer un système vieillissant ou non maintenu par une solution unifiée pour simplifier la maintenance IT et harmoniser les processus métiers à l’échelle internationale.
Le MES comme fondation de la donnée (data-driven)
Luc Balandreau de SPC Consultants rappelle que le MES est généralement le fournisseur principal de contexte pour les données de production. C’est un prérequis pour les projets d’Intelligence Artificielle (IA) ou de Machine Learning. Sans une application métier stable pour collecter et contextualiser la donnée en temps réel, les ambitions de l’usine du futur restent théoriques.
La formalisation du besoin : l’art du juste dosage
Une erreur fréquente consiste à vouloir tout digitaliser sans prendre de recul sur les process en cours. En ce sens, le cahier des charges s’inscrit comme un document de synthèse et non une liste de souhaits techniques illimités.
Éviter le piège du « copier-coller » de l’existant
Vouloir reproduire exactement sur écran ce qui se fait sur papier est une erreur courante de conception. Le lancement d’un projet MES doit être l’occasion de remettre à plat les processus, de mettre en lumière les bonnes pratiques à conserver et transposer, et d’identifier celles qui seraient à reconsidérer.
« Au début, on avait rédigé une longue liste de fonctionnalités, on avait beaucoup trop de besoins. Puis on s’est posé pour sélectionner ce qui était indispensable et ce qui ne l’était pas vraiment. » Clara Grangeon, Marle Group
Cette étape challengeante de se détacher du processus actuel pour viser l’expression de besoins fonctionnels cibles est très importante. La mise en place d’un MES est l’occasion de remettre à plat les processus pour les améliorer.
URS et BPMN : des outils au service de la clarté
Pour structurer cette démarche, les experts préconisent l’utilisation de documents normés tels que :
- Les URS (User Requirement Specifications) : Un tableau listant chaque fonction attendue, sa catégorie et sa priorité. Ce format force la synthèse et sert de référentiel pour les tests de validation finaux.
- Le BPMN (Business Process Model and Notation) : Une modélisation graphique des processus « end-to-end » permettant de clarifier les flux et les systèmes cibles (notamment le MES) devant prendre en compte chaque étape du flux.
Un projet MES peut couvrir jusqu’à 11 fonctions standards (selon l’ISA-95). Il est conseillé de ne pas tout traiter frontalement. Le Groupe Marle a choisi de lotir son projet : d’abord la qualité, puis la digitalisation des dossiers de lot et enfin le suivi machine.
Gouvernance et implication : qui doit piloter le projet ?
Le MES n’est ni un pur projet informatique, ni un pur projet de production. C’est une démarche d’entreprise.
Le terrain au cœur de la conception
L’implication des opérateurs et des chefs d’atelier dès le début du projet est une condition de succès pour l’adhésion future à l’outil.
« Ce sont les parties opérationnelles qui vont utiliser le logiciel, qui font les contrôles quotidiennement, donc ce sont eux qui peuvent savoir quels sont vraiment les besoins auxquels il va falloir répondre. » Clara Grangeon, Marle Group
L’arbitrage entre IT et métier
Si la production définit le « quoi » (les fonctions), l’IT doit valider le « comment » (infrastructure, sécurité, interfaces, etc.). Cependant, un projet piloté exclusivement par l’informatique peut se heurter à des réalités de terrain, comme le choix de matériel inadapté à des environnements sévères (exemples : température).
“Il y a eu un sujet autour de l’incompatibilité de l’installation de PC de bureautique et la présence de poudre de graphite dans nos usines. Ce qui était un élément important à prendre en compte pour nous ne l’était pas pour d’autres équipes. Et malheureusement, elles en ont payé les frais par la suite. » Sarah Fourney, Tokai Cobex
C’est ici que le sponsorship de la direction est fondamental pour trancher entre les contraintes métiers réelles et les standards informatiques.
Contraintes et intégration : construire un écosystème cohérent
Le MES se situe à l’interface de plusieurs mondes techniques. Le cahier des charges doit adresser ces points d’échange comme des exigences majeures.
L’intégration verticale
Le MES doit communiquer avec :
- Le niveau inférieur (automatisme) : connexion aux automates, boîtiers d’entrée/sortie ou instruments de mesure pour une collecte automatique des données.
- Le niveau supérieur (ERP) : interface avec l’ERP pour l’échange des ordres de fabrication (OF), des consommations de matières et des statuts de stocks.
- Selon les cas, potentiellement avec d’autres systèmes (WMS pour logistique, LIMS pour analyses qualité, etc.)
L’intégrité des données (data integrity)
En particulier dans les secteurs du médical ou pharmaceutique, les contraintes de cybersécurité, de stockage et de non altération des données sont majeures. Les sauvegardes doivent être cryptées et non modifiables pour garantir la conformité réglementaire.
Le défi du multi-sites et de l’harmonisation
Pour les groupes industriels, le cahier des charges doit intégrer la dimension « core model ». L’expérience de Tokai Cobex qui n’avait pas finalisé l’harmonisation des processus entre les usines avant de solliciter l’éditeur fut flagrant.
« L’harmonisation […] ça nous aurait mis en confiance pour la sélection de l’éditeur et ne nous aurait pas fait perdre autant de temps. » Sarah Fourney, Tokai Cobex
Sans ce travail préalable, le budget et le timing préalablement définis risquent d’être sous-estimés face à la découverte de spécificités locales non anticipées.
Retours d’expérience : les clés d’un lancement réussi
Le webinaire s’est conclu sur les conseils pratiques des intervenants pour les industriels débutant leur réflexion.
La stratégie des petits pas vs le Big Bang
Clara Grangeon (Marle Group) recommande de ne pas chercher l’exhaustivité immédiate : « Il est important de bien garder en tête l’objectif principal. Est-ce qu’on veut faire quelque chose de très gros tout de suite ou alors est-ce qu’on y va petit à petit ? »
Découper le projet en lots fonctionnels (qualité, puis production, puis performance) permet d’obtenir des gains rapides (« quick wins ») et de maintenir la motivation des équipes.
Anticiper l’après-projet
Sarah Fourney (Tokai Cobex) insiste sur l’importance de définir très tôt le mode de maintenance et le degré d’autonomie souhaité par rapport à l’éditeur. Elle souligne également que la gestion du changement doit être intégrée dès le premier jour, et non à l’approche du démarrage.
Le mot des experts
Luc Balandreau rappelle également la dimension humaine indispensable de ces projets : « On dit que le Manufacturing 5.0 c’est remettre l’humain au centre. Je pense que c’est particulièrement vrai sur des projets MES. »
Un projet MES réussi commence par une remise en question de ses propres pratiques de production. Le cahier des charges n’est pas qu’un document de consultation pour les achats ; c’est le document fédérateur qui aligne la vision de la direction, les besoins du terrain et les contraintes de l’IT.
Les 5 commandements pour votre projet :
- Priorisez vos besoins en isolant les fonctions vitales (qualité, traçabilité, etc.).
- Harmonisez vos processus si vous avez plusieurs sites avant de choisir l’outil.
- Impliquez les opérateurs dès le premier jour pour éviter le rejet.
- Détaillez les interfaces (ERP, machines, etc.) car c’est souvent là que peut résider la complexité technique.
- Prévoyez l’accompagnement au changement comme un investissement, pas une option.
Le MES est le moteur de la performance industrielle moderne. En investissant du temps dans sa phase de cadrage, l’industriel s’assure non seulement d’un outil adapté, mais aussi d’un système capable d’accompagner sa croissance sur le long terme.
Vous souhaitez visionner le replay du webinar ? C’est par ici.
Cet article vous a plu ? Partagez-le sur Linkedin :

![[Entretien] Pierre Bornand, CEO d’Alpha-3i : “Le Club MES crédibilise notre démarche de spécialistes”](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2026/04/Alpha-3i--400x250.png)
![[Entretien] Sébastien Bokey, PDG de Zorg Consulting : “Le Club MES est un marqueur de confiance et un moteur d’expertise”](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2026/03/Zorg-consulting-400x250.png)
![[Entretien] Fabrice Durand, Key Account Manager chez Technord : « Le Club MES nous apporte la visibilité et la crédibilité d’experts »](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2026/03/Technord-400x250.png)
![[Entretien] Christian Flachard, Responsable Commercial et Marketing chez Creative IT : “Le Club MES permet de rester en phase avec le discours global du marché”](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2026/03/Creative-IT-400x250.png)



![[Case Study] Alpha 3i & Stäubli](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2026/03/couverture-temoignage-alpha3i-staubli-400x250.png)
![[Case Study] LOOK Fixations : Aquiweb pour digitaliser le dossier de suivi de fabrication (DSF)](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2026/02/Couv-successtory-astreesoftware-lookfixations-CLUBMES-400x250.png)
![[Case Study] Retour d’expérience de Groupe Guinot](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2025/11/Couv-successtory-astreesoftware-groupeguinot-CLUBMES-400x250.png)
![[Étude de Cas : Marvinpac] L’agilité du MES SaaS : Comment une PME transforme ses lignes de production sans support IT dédié](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2025/11/Etude-de-Cas-Marvinpac-Lagilite-du-MES-SaaS-Comment-une-PME-transforme-ses-lignes-de-production-sans-support-IT-dedie-400x250.png)
![[Case Study] Retour d’expérience de Galaxie Pro](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2025/11/Couv-successtory-astreesoftware-galaxiepro-CLUBMES-400x250.png)
![[Case Study] Retour d’expérience de Pilot](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2025/10/couverture-temoignage-alpha3i-pilot-400x250.png)
![[Digital Experience MES] De l’intégration au déploiement : les clés pour mener son projet vers le succès](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2026/04/DEMES2-2026-1-400x250.png)

![[Global Industrie 2026] Le Club MES sera présent au salon Global Industrie 2026 ! Venez échanger avec nos experts et découvrir comment le MES peut transformer votre production.](https://www.club-mes.org/wp-content/uploads/2025/12/fond-decran-GI2026-mes-400x250.png)